Extrait de Les Cythéréennes

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Extrait de / Excerpt from : Les Cythéréennes.


Elle n’avait pas éprouvé de honte, le désir qui la tenaillait était plus fort que tout autre sentiment. Elle courait à une grande chambre tendue de peluche vieux rose. Aussitôt le verrou poussé, elle jetait furieusement dans un fauteuil son chapeau, ses gants, sa jaquette et sa robe. Tandis qu’elle défaisait son corset, l’homme s’était approché par derrière et lui mordait la nuque. Ses gros doigts s’attaquaient aux liens qui tenaient ses jupons piqués de bouquets de violettes ; émotion ou maladresse, il avait fait un nœud qui l’arrêtait ; Madeleine, d’un brusque effort, brisait les cordons, sortait sa jambe longue du paquet froufroutant effondré autour d’elle comme un nuage mauve, et quittait toute pudeur avec sa chemise. Des glaces, habilement disposées, lui renvoyaient à l’infini le contraste de son corps élancé sans maigreur avec le torse velu du lutteur dont elle sentait le souffle chaud sur son dos.

L’excès même de sa frénésie lui avait fait perdre un instant les sens ; elle n’avait repris connaissance que sous une sensation aiguë qui l’avait fait songer à un viol.

Alors, dans une extase sans nom, elle savourait l’âcre volupté de cette possession brutale ; elle n’avait rien connu encore de comparable à cette force ; les plus vigoureux des hommes connus d’elle n’avaient jamais livré l’assaut avec cette fougue primitive, ils faisaient précéder l’étreinte de caresses savantes, et jusque dans l’alcôve, ils se croyaient obligés de lui faire la cour comme dans les salons. Ce soir-là énervée comme elle l’était, une pareille attente ne lui eût pas été imposée sans amener une attaque de nerfs.

Sa chair avait tressailli profondément ; et au moment où l’homme poussa un cri rauque, qui fut un véritable rugissement de plaisir, elle s’évanouit dans un spasme, les yeux révulsés, la poitrine haletante, le corps rigide comme une barre de fer.

Et ce n’avait été que le prélude d’indicibles étreintes, qui se succédaient sans relâche et la laissaient chaque fois brisée, mais non rassasiée. Le colosse s’était lassé le premier ; il avait fallu à Madeleine, pour réveiller son ardeur, les artifices d’une suprême caresse.

Ce souvenir lui fit cacher sa figure de ses deux mains. Comment avait-elle pu ?

Mais aussi comme elle avait été récompensée ! Son corps s’était ployé comme pris dans un étau et il lui avait semblé que ses os craquaient dans les bras de l’hercule. La prudence seule avait pu la décider à quitter avant le jour la couche saccagée.


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