Extrait de Folie de luxure

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Extrait de / Excerpt from : Folie de luxure.


Le lendemain, ils se retrouvèrent au café.

Juin ensoleillait Paris, la température incitait aux vagabondages dans la campagne. Les quatre amis résolurent de passer une journée à Champigny et revinrent fourbus vers le soir.

Chacun avait besoin de se détendre, Germaine proposa que l’on dînât en son « home» où l’on serait plus à l’aise. Elle choisit un poulet de conserve, par patriotisme un homard à l’américaine et de la charcuterie variée, le tout arrosé de vins de crus divers.

La proposition fut adoptée d’enthousiasme, tous apportèrent leur quote-part et la maîtresse de maison, afin d’honorer comme il sied ses invités, revêtit l’unique kimono de soie jaune, dont la fermeture, au-dessus du sein gauche laissait à son corps fluet toute la liberté désirable.

A vrai dire, elle se piqua en outre une rose dans les cheveux, et ce simple ornement suffit à la rendre pimpante.

Mille privautés délicates charmèrent donc ce repas frugal : des mains audacieuses caressaient au hasard une peau satinée, s’attardant sans malice mais avec à-propos.

Un parfum de chair fraîche montait, se mêlant à l’arôme des vins, aux senteurs capiteuses de fleurs parsemées à travers la pièce en des vases de porcelaine.

Indubitablement les hommes savaient que la jeune fille était leur propriété collective ; aussi ne se gênaient-ils point, offrant aux regards éblouis de leur maîtresse ce qu’ils avaient de meilleur.

Germaine riait en des éclats argentins, qui se répandaient dans la vaste maison, éveillant les échos bourgeois ou les solitudes de célibataires émasculés.

Le repas eut une fin et la coquette, le kimono battant ses mollets fins gainés de soie claire, servit le café. Naïve, elle restait indifférente aux flottements de son vêtement léger.

Les spectateurs, moins calmes, manifestaient leurs sentiments par des caresses perfides ou des pinçons cruels.

Germaine s'esclaffaient ou criait suivant la nécessité, pour la plus grande joie de tous.

La chambre à coucher était contiguë à la salle à manger ; de la table, on apercevait le grand lit bas, avec sa couverture piquée.

Cette couche moderne semblait tentante aux trois Byzantins de la rue La Boëtie. Ils offrirent à la jeune fille d’en essayer le confort par le moyen le plus simple.

Elle rougit, n’ayant point prévu cette solution, mais la griserie des vins, des caresses, enveloppait sa mignonne cervelle qui n’avait jamais trop réfléchi.

Certes, elle n’accepta point, un peu de violence ne messéant en pareille occurrence.

Et René, son premier protecteur, l’entraîna par un bras pour plier bien vite sa taille souple sur la couverture piquée.

Ses talons Louis XV battirent le plancher : ce fut sa seule défense. Au reste, comme chacun le comprendra, sa faiblesse l’obligeait à céder. Ses genoux ronds, tendant les bas de soie, semblaient narguer Georges et Fernand rêveurs.

Ceux-ci burent une coupe de champagne afin de ranimer une énergie qui ne défaillait pas et, sur la nappe, firent sauter un écu trébuchant dans le but honnête de savoir à qui revenait la priorité dans la suite des événements.

Georges avait choisi la face et l’effigie couronnée de Napoléon le troisième s’étala sur la table, paraissant inciter le jeune homme à poursuivre une œuvre assez bien commencée par René.

Il s’apprêta, satisfait de sa chance, et Germaine ne comprit rien à un changement de personne qui tenait du sortilège.

Comme elle était un peu grise, elle pensa s’être trompée au début et n’insista pas. Bénévole, elle mit toute son énergie au service du plaisir, commençant seulement à prendre goût à une distraction agréable entre toutes.

Cependant, elle tenta de regimber quand elle s’aperçut que, pour elle, il n’y avait point de solution de continuité dans les délices charnelles; mais Fernand, usant d’une dialectique improvisée, la convainquit de l’avantage de terminer en une fois une besogne que, tôt ou tard, elle serait contrainte d’accomplir.

Quand elle revint à table, elle était un peu plus grise, aussi avoua-t-elle avec une louable franchise qu’une soif inextinguible lui brûlait la gorge. Elle méritait assurément une coupe de champagne; on la lui servit, ce qui la mit aussitôt dans un état voisin du coma.

Cependant, par un effort d’énergie, elle parvint à quitter sa chaise et, regagnant son lit, elle se coucha, toujours vêtue du kimono japonais. Un instant plus tard, elle dormait d’un sommeil paisible que lui valait son âme enfantine.

Les trois amis continuèrent à se distraire en alternant le cognac, le café, le champagne, en un beau désordre qui, cette fois encore, fut un effet de l’art.

Tard dans la nuit ils s’en allèrent après avoir bordé dans son lit leur douce maîtresse; ils éteignirent aussi l’électricité, par économie.



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