Extrait de Détraquée

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Extrait de / Excerpt from : Détraquée.


Ferval avait un frère. Excellent jeune homme à la recherche d’une position sociale lucrative et peu fatigante. Il avait de l'élégance, s’habillant avec de l’argent que lui donnait sa sœur.

Elle le présenta à Alice, dans l’espoir que « ça ferait un mariage ».

Celui-là, elle sentit qu’il la troublait plus que les autres, c’est-à-dire qu’auprès de lui, elle éprouvait un sentiment de peur plus prononcé.

Ferval, discrète, les laissa ensemble et aussitôt, il se manifesta entreprenant.

Aux premières obscénités qu’il lui murmura au creux de l’oreille, elle blêmit. Une image glissa devant ses yeux mi-clos : elle le vit en gilet de flanelle.

Hypocrite, elle l’examina de biais et le trouva beau, d’une beauté imprécise, équivoque.

Il s’appelait Armand et le lui dit tout de go, indiquant ainsi que pour elle, il n’aurait jamais d'autre nom. Sans perdre un temps précieux, il la poussa presque chez elle et dans le petit salon, la déshabilla de ses mains expertes, sans qu’elle osât une défense.

Quand elle eut fléchi, elle se devina vaincue, en puissance d’un maître cette fois.

Il passa la nuit auprès d’elle; se vêtit d’un pyjama de Chançay et chaussa ses pantoufles.

Au matin, lorsque Louis arriva, il se cacha à la cuisine et fuma des cigarettes, avec nonchalance, en attendant que le jeune homme s’éloignât.

A onze heures, avant la venue de Pierre, il demanda vingt francs pour dépenser et elle les lui donna sans rechigner.

Il disparut l’après-midi entière, mais le soir en rentrant, elle le trouva sur son palier.

Vigoureux, il eut autant de besoins charnels que de besoins d’argent. Il la tyrannisa, réclamant de sa patience mille attraits nouveaux.

Content de sa docilité, il lui permit de dormir vers minuit et se désintéressa de sa présence.

Il avait un sommeil d’enfant et auprès de lui, immobile et serein, la pauvrette se crispait en proie à une nervosité invincible.

Maintenant elle avait des projets d’avenir et ne songeait plus qu’à se débarrasser de ce bourreau qu’elle n’osait affronter de face.

Mais le troisième jour, ayant fixé la somme nécessaire pour ses menus frais à cent francs, il la battit froidement afin de les obtenir plus aisément.

Dès cette minute, elle ne le détesta plus; même elle ressentit à son égard une sorte d’attachement servile. Par la souffrance qu’il lui faisait endurer, il la lavait de ses fautes. Elle lui en fut presque reconnaissante.

Ce moyen ayant réussi, il le répéta, avec une tranquillité d’homme juste. Il la rossa à poings fermés, la roulant sur le tapis du salon.

Et sous les coups, elle ne pleurait pas, mais haletait confusément, ne réclamant point qu’il cessât.

La facilité d’obtenir de l’argent lui donna des goûts raffinés. Sa garde-robe se remonta comme par magie, il eut des cravates aux nuances variées, des cannes à pommeau d’or.

Et le soir, Alice n’osait quitter sa chemise en présence de Chançay, de crainte qu’il ne remarquât les bleus dont son corps était marbré.

Mais à minuit, lorsque dans le lit encore chaud, Armand venait sans vergogne remplacer l’amant généreux, elle l’étreignait avec une rage affolée.

Sans éprouver de plaisir, elle l’épuisait ardemment, favorisant son penchant naturel aux excès.




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