Extrait de Captive

De BiblioCuriosa

Extrait de / Excerpt from : Captive.


Certain après-midi, comme Raisouli s’ennuyait sous sa tente, la fantaisie le prit de visiter ses concubines. Il survint au moment où elles étaient mises en gaieté par une série de cabrioles exécutées au commandement par la femme-chienne. La favorite, une badine à la main, l’avait cinglée de petits coups qui avaient tracé sur sa chair de légers sillons roses ; Camille essoufflée, fatiguée d’avoir sauté à travers des cerceaux se reposait, accroupie dans une pose de lévrier.

A l’apparition du maître, elle leva la tête d’un air si attentif qu’il semblait que ses oreilles se fussent dressées.

Alors, bondissant soudain, se traînant sur les nattes avec de petits sauts de joie et des jappements de satisfaction, elle vint ramper aux pieds du caïd ; elle frétillait, tortillait sa croupe et son rein avec une souplesse lascive et léchait avec ardeur les pieds nus, à peine enfoncés dans des babouches.

Le premier mouvement de tous fut une sorte de stupéfaction, puis les odalisques battirent des mains en poussant des « you » sonores tant la femme s’acquittait bien de son rôle de chienne.

Quant au caïd, il semblait à la fois surpris, amusé et flatté ; il daigna se baisser un peu pour flatter de la main la belle croupe épanouie aux provocantes ondulations.

Camille parut éprouver une joie sans bornes.

Tandis que le caïd s’éloignait, elle le suivait pas à pas en trottinant, lui embrassant les pieds, lui léchant le bas des jambes, lui mordillant les talons avec une ferveur et une science qui arrachèrent au Marocain de petits cris de satisfaction.

Elle le conduisit ainsi jusqu’au divan où se détirait Mabrouka dont les bras tendus l’appelaient, prometteurs.

Il y fut à peine assis que Madame de Gacé, se redressant à la façon d’une chienne heureuse de retrouver son maître, se haussa vers lui, silencieuse, mais les yeux brillants et la langue dardée ; elle le couvrit de caresses ardentes, rapides, frénétiques, qui commençaient par les genoux, continuaient par les mains, s’élevaient jusqu’au cou ; enfin, hardiment, elle lui posait les deux mains aux épaules, lui léchait le visage et, en une sorte de délire emporté, lui appliquait en pleine bouche un baiser impérieux et passionné. Ses dents, sa langue, ses lèvres s’unissaient pour donner à cette attaque la puissance d’une emprise tandis que son buste nu appuyé contre celui de Raisouli lui faisait sentir la palpitation de sa chair voluptueuse.

Galvanisé par le retentissement profond de cette caresse, le caïd eut un brusque tressaillement dont Camille sentit toute la sincérité.

Mais la favorite qui, menaçante, à l’affût comme une panthère, surveillait jalousement cette scène rapide, y mit fin sans plus tarder :

— A bas les pattes, chienne ! s’écriait-elle de sa voix la plus insolente. A bas ! couche ! va coucher !

Et à grands coups de talon elle frappait le flanc de Camille ; elle lançait les coups avec tant d’emportement que les anneaux de ses chevilles s’entrechoquaient et que des marques noires tachèrent la nudité de la femme.

Le visage de Mabrouka exprimait une rage froide, implacable. Pour hâter l’obéissance de son esclave, elle l’empoigna à l’épaule, la griffa et l’envoya rouler au bas des coussins ; afin de la mieux chasser elle reprenait sa badine et en cinglait la fuite rampante de Camille d’un coup si fort qu’un cri de douleur échappait à la malheureuse.

— Laisse-la, intervenait le caïd, c’est une chienne bien caressante, qui n’a pas mérité d’être punie.

Mabrouka sentit que ce serait commettre une faute que de heurter de front Raisouli ou de paraître attacher de l’importance à ce jeu.

Elle dit simplement, avec une fausse indifférence :

— Puisque tu as la bonté de lui pardonner, je ne saurais lui en vouloir. Mais je ne veux pas la voir auprès de moi en ce moment. Qu’elle aille dans un coin et n’en bouge pas !

Elle ne parla plus et se haussant jusqu’aux lèvres sensuelles du maître, elle déploya toute la virtuosité qui était en elle pour effacer le souvenir de l’autre, la captive, l’esclave, la chienne... celle dont elle ne voulait pas pour rivale.



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