Extrait de Amour inverti

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Extrait de / Excerpt from : Amour inverti.


Les Gros Ventres ont coutume de choisir dans le village un homme et de le rendre impuissant à leur façon. C’est d’ordinaire l’Indien le plus viril qui est choisi. On le contraint à monter presque constamment à cheval, nu et sans selle. Les organes génitaux sont, de la sorte, amenés, au début à un état d’excitation extrême, si bien que le mouvement du cheval suffit à déterminer des pertes séminales, tandis qu’en même temps la pression du corps, sur le dos du cheval, trouble la nutrition des organes. Bientôt le spasme, qui fait suite à l’excitation, ne se produit plus ; les organes s’atrophient insensiblement et, avec le temps, atteignent la plus complète dégradation. L’atonie est absolue.

Mais les modifications les plus profondes s'effectuent en même temps dans toute l’économie de l’homme ainsi traité. Il perd son goût pour les exercices et occupations viriles, son courage disparaît et il devient à tel point timide qu’il n’est plus admis à faire partie du conseil de la tribu.

Ce qu’il y a de singulier, c’est que nulle honte ne s’attache à cette condition d’être, au contraire, cet homme est honoré et ne travaille que s’il le veut bien, étant entretenu de tout par la tribu. En fait, il s’efforce de ressembler le plus possible au sexe féminin, ce qui ne lui est point difficile, car il ne porte point trace de barbe et ses seins sont très développés ; sa voix est aiguë, maigre et cassée, ses gestes sont ceux de la femme, comme sa démarche.

Ce personnage amoindri est le sujet essentiel de toutes les orgies auxquelles les Gros Ventres s’adonnent. Il est le principal agent passif dans les cérémonies onaniques qui jouent un rôle dans ces réunions.

Une grande fête fut organisée en l’honneur du jeune guerrier blanc, dont on avait pu apprécier le courage et la fidélité à sa nouvelle patrie. Le simulacre de la danse du scalp, les courses à cheval à travers la prairie avec force décharges d’armes à feu, rien ne manquait. Vint le soir, un grand feu allumé au centre du village, hommes, femmes et enfants s’assemblèrent autour, Antoine Bernardin occupait la place d’honneur à la droite du chef. Une femme, ou du moins un être qui en portait le costume, parut aussitôt ; sa physionomie était enjouée et son visage dépourvu de rides, plein et rond, n’avait rien de désagréable. Le chef dit alors au jeune homme que, conformément à la coutume et pour consacrer les liens qui, désormais, l'unissaient aux Gros Ventres des Prairies, on lui offrait gracieusement la jouissance, pour cette nuit, de la beauté incomparable qu’il voyait là, devant lui.

Antoine n’avait pas encore vu la personne indiquée, il ignorait absolument que cet être fût un homme féminisé et consentit, d’autant plus qu’il était sevré du sexe depuis longtemps, tant valait cette femme qu’une autre. Mais la scène changea lorsque, enfermés tous deux dans la hutte de cérémonie, Antoine se trouva en présence de cet individu, sinon incomplet, du moins réduit à des dimensions infantiles et qui, sans pudeur et sans honte, se dépouillant de ses vêtements féminins, offrait à l’amoureux jeune homme, non pas les attraits de Vénus, mais ceux de Ganymède !

L’effet fut désastreux ; Antoine refusa de profiter de la gracieuseté du chef et, du reste, se déclara impuissant. Il avait subi à Gênes des rapports contre nature et n’avait nulle envie de les faire subir à un autre, fut-ce même à une femme.

Mais lorsque, sorti de la hutte, il fit connaître au chef et aux anciens son refus formel d’accepter ce genre d’accouplement, il fut hué ; les hommes, les femmes mêmes de la tribu, mis au courant, faillirent lui faire un mauvais parti et peu s’en fut qu’il fût attaché aussitôt au poteau du scalp.

Cependant le chef obtint de ses sujets un moment de répit, et essaya de persuader le jeune aventurier que la cérémonie présente était absolument dans la coutume du pays et que si elle ne s’accomplissait pas, il ne pourrait point empêcher sa mise à mort. Les circonstances étaient graves, il fallait se soumettre. Antoine se décida donc au sacrifice, mais il fit part de ses craintes d’impuissance au chef qui, alors lui accorda la présence d’une jeune squaw, afin de lui faciliter l’accomplissement de sa tâche.

Ainsi fut fait, bientôt après les trois personnages sortaient de la hutte, l' honneur était satisfait.

La cérémonie ne s’arrêta pas là, huit des principaux chefs passèrent successivement quelques instants avec l’homme-femme, pendant que le reste de la tribu se livrait à d’autres amusements. Décidément, Antoine Bernardin devait goûter à toutes les turpitudes des sens, il avait été passif, le voici actif ! Que lui était-il encore réservé ?




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