Extrait de Pensionnat de demoiselles

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Extrait de / Excerpt from : Pensionnat de demoiselles.


Un matin, Berthe Ancel arriva toute joyeuse à l'école. Durant la classe entière, elle se trémoussa sur son banc et de loin correspondit avec son amie Lisette Jouffroy, au moyen de l’alphabet des sourds et muets.

Cette tactique lui valut de nombreuses punitions, mais comme elle était douée d’une certaine dose de philosophie, elle n’attacha à ce détail aucune importance.

A la récréation, elle emmena Lisette dans un coin et, ponctuant son discours de gestes appropriés, expliqua :

— J’en ai vu une bonne, hier, par une serrure, ma p’tite.

— T’as vu quoi ?

— La bonne de chez nous avec l’ordonnance du capitaine de dragons, notre voisin.

— Oui ? T’en as de la veine, la nôtre n’a pas d’amoureux, tu comprends si ça m’embête.

— Laisse-moi donc t’expliquer : l’ordonnance avait enlevé son dolman et même son pantalon, figure-toi.

— Oh ! la, la, tu as dû rudement t’amuser.

— Un peu, oui. Il des jambes toutes poilues comme une bête. Moi, j’voudrais pas d’un homme comme ça !

— Ces bonnes, vois-tu, ça n’a pas le goût délicat.

— Attends un peu ; voilà le plus drôle, ils se sont couchés dans l’lit et ils étaient comme... tiens, comme une bête à deux dos, tu comprends ?

— Oui ! oui ! j’connais ça, j’suis pas née d’hier, tu sais.

— Eh ben ! j’ai pensé... nous allons jouer de la même façon toutes les deux, tu veux ?

— On ne vas pas se déshabiller, au moins ?

— Non ! Mais moi j’s’rai Monsieur Poilard et toi... tu seras toi, pardi !

— Faut pas que les autres nous voient.

— On va aller se cacher dans le jardin des professeurs.

Ensemble, elles filèrent dans la direction indiquée et cinq minutes plus tard, elles se trouvaient à l'abri des curiosités possibles au milieu d’un massif d’arbustes.

Un moment, elles hésitèrent, ne sachant de quelle manière décente commencer l’opération.

Ni l’une, ni l’autre ne voulait prendre d’initiative. Aussi se couchèrent-elles simplement sur le sol. Enfin, Berthe enlaça son amie en disant :

— Viens, je vais te montrer !

L’autre ne répondit rien, mais se prêta volontiers à cette étreinte encore plus dangereuse.

Au début, le jeu fut calme, c’était une démonstration pure et simple. Peu à peu, cependant, Berthe s’enflamma et conseilla :

— Appelle-moi mon petit Monsieur Poilard. Non, mon petit Jean !

Lisette, obéissante, balbutiait dans un souffle :

— Mon p’tit Jean ! mon... p’tit... Jean !

Bientôt, elle ajouta inconsciemment le mot chéri et dès lors, elle ne cessa plus de répéter : « Mon p’tit Jean chéri ! ».

Pour ne pas être en retard de politesse, Berthe répondait :

— Ma p’tite Zézette chérie !

Heureusement, elles n’aperçurent point une tête curieuse glissée entre les branches d’un arbuste. C’était Georgette qui, intriguée par la fuite subite des deux fillettes, les avait suivies.

De son poste d’observation, elle assista à toute la scène et sans doute y prit-elle plaisir car pas une minute, elle ne pensa à s’éloigner.

Pendant ce temps, les deux amies continuaient leur jeu ; toujours revenaient les mots :

« Mon p’tit Jean chéri », auxquels répondait en écho : « Ma petite Zézette ».

Les fillettes s’essoufflaient mais ne se lassaient point. Enfin, dans un brusque soubresaut, Berthe roula sur le flanc où elle resta anéantie, les paupières closes, les genoux étreints.

Lisette détourna la tête, sa taille se cambra, son corps se raidit et à son tour, elle s’immobilisa.

A ce moment, Georgette en ayant assez vu, se retira à pas furtifs, évitant d’attirer sur elle l’attention des deux complices.



Texte intégral avec des illustrations de G. Smit en format PDF et ePub en vente aux Éditions Biblio Curiosa