Extrait de Le Viol

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Extrait de / Excerpt from : Le Viol.


Bobineau avait ses jours, ses heures d’entrée intime chez Chochotte. Celle-ci lui avait permis de venir lui présenter ses hommages deux fois la semaine. Et tous les mardis et tous les samedis, de cinq à sept, Narcisse voyait s’ouvrir devant lui le sanctuaire d’amour de la jolie Chochotte.

En échange de quelques heures charmantes qu'il passait hebdomadairement avec sa maîtresse, M. Bobineau offrait, tous les mois, à sa petite amie, cinquante louis... Chochotte trouvait que c’était pour rien, par le temps qui court, et où toutes les denrées renchérissent journellement. Bobineau, lui, n’était pas précisément de l’avis de la belle fille, mais, tout de même, il avait une telle admiration pour les nichons de sa conquête qu’il ne regrettait pas trop son argent.

En conscience, ça valait ça, se disait-il, surtout à cette époque, où tout ce qui se vend, tout ce qui s'achète est frelaté, falsifié, et où l’acheteur est toujours volé... Il ne pouvait pas se plaindre, les nichons de Chochotte n’étaient pas en toc ; c’était de la belle et bonne chair, garantie sur facture... Ces diables de nichons ! M. Bobineau y pensait en appuyant sur le bouton électrique de la porte de l'appartement de sa maîtresse. Il les voyait, là, devant ses yeux, superbes, provocants, avec leurs petites pointes roses qui se redressaient quand il les caressait. Il lui semblait les tenir dans ses mains, sentir leur douce tiédeur, et il avait, sur les lèvres, le goût de leur chair capiteuse.

— Sacrée petite mâtine, se dit-il en pensant à Chochotte. Si elle voulait !... Quoique nous ne soyons ni mardi ni samedi...

Mais, tout de suite, Narcisse poussa un soupir. Chochotte ne voudrait sans doute pas. Elle était étonnante, cette petite-là, avec ses principes... Elle vous les flanquait, à tout propos, entre les jambes... Elle ne tolérait rien, elle ne voulait rien, en dehors des choses entendues, dictées, arrangées par elle. Et sûrement qu’elle allait l'envoyer promener, lui, le pauvre Narcisse, s’il lui demandait la permission de l’embrasser... Elle n’admettait pas les suppléments. Pardon elle n’admettait que ceux qu’elle réclamait de temps à autre, sous forme d’argent, à son bon ami Bobo ou Bobine, comme elle l’appelait familièrement, à l’heure des caresses et des mots doux.

Bobineau se disait tout ça en attendant, enfoncé dans un fauteuil du salon, le retour de la femme de chambre qui était allée prévenir Chochotte que M. Narcisse était là.

Chochotte était dans sa chambre à coucher ; Bobineau l’avait entendue parler et, quand la soubrette lui avait ouvert la porte d’entrée, son premier mouvement avait été de s’y élancer. Mais la domestique avait prié poliment et ironiquement Narcisse d’entrer au salon. Madame était occupée ; elle allait aller prévenir Madame.

Et, tout seul, Narcisse Bobineau se faisait des cheveux ou plutôt commençait à s’ennuyer ferme. Et cela d’autant plus que, la chambre de la belle amie n’étant pas très éloignée de la pièce où il se morfondait, il lui arrivait, de temps à autre, l’écho de baisers, de petits cris et de petits rires irritants et pervers.

Bobineau commençait à rager. Oui, oui, Madame était occupée, avait dit la femme de chambre ! Il la connaissait son occupation : il y assistait presque... Tout de même, Chochotte en abusait !... Ce n’était pas son jour à lui, c’était vrai, et il n’avait pas le droit de se fâcher ; mais, tout de même, il se disait que sa maîtresse, sachant qu’il devait venir dans la soirée, aurait pu expédier son visiteur.

Et, de plus en plus, Narcisse se montait la tête.

Il se disait encore qu’après tout il était bien bête d’être aussi délicat avec son amie et il se promettait de lui dire, tout de suite, dès qu’il allait la voir, qu’elle se moquait de lui et qu’il ne voulait pas qu’il en fût ainsi. En somme, s’il était là, à cette heure, incrusté dans ce fauteuil, comme une huître dans un rocher, c’était pour apporter de l’argent à Chochotte — et de l’argent qu’il ne lui devait pas. Et il n’oserait pas lui dire qu’en échange de toutes les gentillesses supplémentaires qu’il lui faisait sans cesse, il voulait qu’elle aussi, de son côté, fût gentille et qu’elle se prêtât de temps à autre à ses transports amoureux, en dehors des heures convenues !... Allons donc !... On allait bien voir si cette gamine le prenait pour un serin, lui, Bobineau, distillateur, inventeur de l’apéritif célèbre qui portait son nom, et riche à millions.

Et pour se donner du courage et se prouver qu’il n’avait pas peur de Chochotte ni de ses colères, il se leva d’un bond et frappa du pied le tapis qui recouvrait le plancher du salon, en jetant un regard rempli de bravoure autour de lui. Son regard retomba sur un des nombreux petits meubles qui ornaient la pièce où il se trouvait et sur lequel un album de maroquin, enfermé dans une gaine de peluche mauve, était posé. Bobineau, moitié par curiosité, moitié par désœuvrement, s’approcha de la table et s'empara de l’album qu’il ouvrit. Il renfermait les photographies de Chochotte dans des poses plutôt excentriques et qui plongèrent Bobineau dans la plus grande admiration. Sa colère tombait, tombait comme la pluie pendant un orage, tandis que ses yeux éblouis, émerveillés, contemplaient les charmes de sa petite amie.

Ah ! ces nichons ! ces nichons ! Ces nichons que Chochotte exhibait triomphalement, glorieusement, fièrement, comme il les dévorait du regard... Où trouver de pareils nichons ? Où ?... il n’en existait pas... toujours, M. Narcisse Bobineau ne le croyait pas ; il n’en avait jamais vu de semblables... Rien qu’en les voyant en photographie, ces nichons le jetaient dans un trouble, dans une extase qui le transportaient aux cieux...

Ah ! ces nichons !... ces nichons !... M. Narcisse les comparait à une croupe d’enfant bien dodu ; il trouvait qu’ils en avaient la fermeté, la douceur, le velouté... Et, de crainte de fâcher Chochotte et de perdre, par ce fait, la permission de contempler, de caresser les nichons dont il était si follement épris, il se promit de taire, encore une fois, le mécontentement qu’il venait de ressentir contre sa maîtresse.

Pendant que M. Bobineau prenait cette sage et prudente résolution, un remue-ménage se produisit dans la chambre à coucher de sa petite amie. Un meuble craqua, le ruissellement d’eau qu’on verse dans une cuvette s’entendit et parvint jusqu’aux oreilles du distillateur, puis, au bout d’un instant, des pas rapides traversèrent l’appartement, et la femme de chambre entra dans le salon et fit un geste familier à Bobineau pour lui faire comprendre que la voie était libre. Narcisse se précipita chez sa maîtresse. La première chose qu’il aperçut, en entrant dans la chambre, fut le dos d'un monsieur qui disparaissait par une porte située à l’autre extrémité de la pièce. Il en fut — on le serait à moins — un peu décontenancé et se demanda intérieurement si sa dignité n’exigeait pas des protestations ; mais comme Chochotte, en déshabillé suggestif, s’approchait de lui, câline, frôleuse, avec des gestes de chatte, et que son peignoir, entr’ouvert, découvrait un de ses seins magnifiques, M. Bobineau oublia tout et ne vit plus que le nichon tentateur.




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