Extrait de La Comtesse Evelyna

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Extrait de / Excerpt from : La Comtesse Evelyna.


La jeune femme sonna sa femme de chambre et se fit apporter son premier déjeuner qu’on déposa sur un guéridon. Quand la soubrette se fut retirée, Evelyna se leva et alla chercher sa cravache, qu’elle fit siffler dans l’air en disant : « Attention à la correction si on n’est pas sage et obéissant ! »

Karl sourit avec tristesse, devinant bien que la correction annoncée il la recevrait sous peu. D’une voix autoritaire, Evelyna continua : « Venez vous agenouiller ici ! »

D’un geste impératif, elle montrait une place à droite du guéridon où elle allait déjeuner.

Le baron, sans récriminer, se dirigea vers l’endroit désigné et se laissa tomber lourdement à genoux.

La jeune femme se glissa derrière lui, saisit ses poignets et les ramena sur les reins, à chacun elle fixa un petit anneau d’or, reliés l’un à l’autre par une chaîne solide en même métal. Ceci terminé, elle revint triomphante devant son amant et s’écria joyeusement : « Voilà ! vous êtes mon esclave enchaîné ! »

Le baron baissa la tête ; il n’avait pas besoin de ce symbole pour savoir qu’il était esclave et enchaîné.

Soudain, Evelyna fit siffler sa cravache et la lui appliqua sur la joue en disant : « Voici comme on traite un esclave ! »

En même temps, elle relevait son pied nu et le posait sur les lèvres de son amant qui, encore une fois, l’embrassa avec passion.

Satisfaite de cette marque d’amour, la jeune femme s'assit et commença à déjeuner.

Après un instant, elle demanda au baron s’il avait déjeuné, sur une réponse négative de ce dernier, elle lui tendit une tartine qu’elle avait à demi rongée, en lui disant : « Mange, esclave ! »

Et l’esclave happa le morceau de pain avec vivacité, cherchant à cacher une rage sourde qui l’envahissait lentement.

La comtesse jouissait de la lutte intérieure qui se livrait dans le cœur de son amant, néanmoins, elle était anxieuse d’en connaître le résultat. Ayant à demi avalé sa tasse de thé, elle tendit le reste au jeune homme. Elle le força à boire par petites gorgées, s’amusant de sa mine déconfite. Puis, un sourire sur les lèvres, elle recommença à manger et derechef offrit une rognure de pain.

Cette fois, Karl se rebiffa, il détourna la tête en étouffant un juron de caserne.

Aussitôt la cravache siffla et s’abattit à plusieurs reprises sur les épaules. D'abord, il baissa la tête, sous la pluie de coups, puis, outré de tant d’acharnement, il se releva d’un brusque effort de reins.

Evelyna recula et marcha vers la porte.

La voyant prête à le quitter, il oublia sa rancœur, et vaincu retomba à genoux, suppliant d’une voix sourde, sa maîtresse de ne point l’abandonner.

La comtesse revint s’asseoir en riant et pour le punir de s’être montré désobéissant, elle le cingla par deux fois au visage, puis, en signe de pardon, lui présenta son pied à baiser.

Les yeux pleins de larmes, le jeune homme s’inclina sur ce pied mignon et y posa ses lèvres avec amour.

Que lui importaient les affronts après tout, il devait les supporter pour plaire à sa maîtresse, il faisait abandon de son orgueil, dans l’espoir d’une récompense après avoir souffert.

Fière de son pouvoir, Evelyna continua à déjeuner, offrant ses restes à son amant, toujours à genoux. S’il n’obéissait pas avec assez d’empressement, il recevait une claque sonore qui faisait battre son cœur. Son esprit se vidait, il ne pensait plus, vivait des minutes d’abêtissement complet, les yeux fixés sur sa maîtresse pour épier ses sentiments. Si les traits de cette dernière se crispaient, il tremblait de peur ; si, au contraire, elle souriait, il soupirait d’aise. Il obéissait à ses moindres gestes, se prêtait à ses caprices les plus saugrenus afin d'éviter de nouvelles avanies. Sa raison, paralysée par son amour, l’empêchait de juger la belle Evelyna et de la voir sous son véritable jour : dépourvue de sens moral. Lui-même ne se jugeait plus de la même façon, sa passion l’avait totalement changé, et il trouvait naturel, ce qui, deux mois auparavant, lui aurait paru inepte ou même immoral.

La comtesse jouait avec lui, comme un chat s’amuse d’une souris et, s’il ne s’inclinait pas aussitôt devant ses volontés bizarres, elle lui infligeait sur le champ, une solide correction. Parfois, il se roulait à terre en râlant, cinglé par la cravache souple, maniée d’une main nerveuse ; quand il se relevait, il s’efforçait de sourire pour ne pas effaroucher sa maîtresse par une visible mauvaise humeur.

Ce déjeuner, sans cesse interrompu par des coups ou des vociférations de la comtesse, était interminable. Forte de son pouvoir elle s’acharnait et finit par mettre la patience de son amant à une dernière épreuve. Elle déposa à terre quelques morceaux de pain déjà grignotés et dit au jeune homme : « Ramasse, chien ! Tu n’es pas digne que je te serve de mes mains ».

En même temps, de sa cravache, elle ponctuait ses paroles de petits coups rapides et nombreux.

Le jeune homme, espérant voir là, pour ce matin, l’ultime excentricité de sa maîtresse, obéit incontinent ; puis il fixa Evelyna avec des yeux implorateurs. Pour toute réponse, elle éclata de rire et se retira vers son lit. S’y étant couchée, elle appela : « Venez, vil esclave ! »

Karl se redressa péniblement et s’approcha d’elle. Avec un sourire de parfaite béatitude, elle lui tendit ses lèvres, mais oublia à dessein, de lui retirer la chaîne unissant ses poignets.



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