Extrait de Inquisiteurs vénézuéliens

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Extrait de / Excerpt from : Inquisiteurs vénézuéliens.


« Mais j’ai un moyen radical, continua l’homme, de t’empêcher d’oublier ce numéro 1224 dont tu ne veux pas. Je t’en ai déjà touché un mot à ton arrivée ici. Nous allons tout simplement te l’écrire sur ta blanche peau avec un fer chaud. »

Une exclamation d’effroi jaillit des lèvres de la malheureuse, elle tomba à genoux :

« Non, pitié ! implora-t-elle. Ne m’infligez pas cet affreux supplice. Je serai bien attentive, bien obéissante, je vous le promets. Mais le fer chaud, mon Dieu !

— Tu fais la pleurarde comme une gamine, riposta aigrement le directeur du pénitencier. Tu perds ton temps et tes effets de voix larmoyante. Pablo va te marquer comme je l’ai ordonné. »

Lola et Térésa s’avancèrent, officieuses :

« Faut-il préparer le réchaud ? fit l’une d’elle.

— Et attacher la coupable ? compléta sa camarade.

— Parfaitement, acquiesça leur patron. Allumez le feu, pendant qu’on va lier à ce poteau notre délicieuse pensionnaire. »

Il empoigna rudement Suzanne par l’épaule, la forçant à se relever. La jeune fille ne cessait de le supplier de lui faire grâce, épouvantée de la perspective du tourment.

« Tu m’insupportes, riposta férocement l’homme. Si tu continues à m’assourdir de tes lamentations, je te fais appliquer le fer rouge sur la langue. Est-ce compris ? »

La menace barbare terrorisa la malheureuse, elle se laissa pousser par son bourreau contre un des piliers du hangar.

« Passe-moi deux bouts de corde, Lola, dit Gonzalès.

— Je vais la lier moi-même, maître », répliqua la métisse.

Ce fut fait aussitôt. Grâce aux anneaux que la détenue portait à ses poignets et à ses chevilles, il fut aisé de l’immobiliser en un instant, debout contre le poteau de supplice.

« Voilà le réchaud bien allumé, cria joyeusement Térésa en entrant.

— Et le fer à marquer sera bientôt prêt », ajouta Pablo.

Le fourneau plein de braises ardentes fut placé près de la victime. Ostensiblement le nègre y plaça une tige de fer arrondie, de la grosseur du doigt, munie d’un manche de bois. A cette vue, Suzanne ne put s’empêcher de reprendre ses prières inutiles.

« Je propose d’écrire le numéro sur les seins de la fille, fit le surveillant. Le maître permet-il ?

— Pas sur ma gorge ! cria la victime. C’est épouvantable. Oh ! ce fer ardent doit être atroce. Au secours ! »

Le señor eut un petit sourire à la proposition du tortionnaire.

« Je ne sais si tu auras la place suffisante pour écrire, mon bon Pablo, objecta-t-il. La jeunesse a la poitrine peu développée.

— Que non pas, maître, répondit le surveillant. On peut voir d’ailleurs. »

Il s’approcha de l’infortunée, sa main noire écartant avec violence le corsage de grosse toile. La jeune fille frémit longuement au contact brutal.

« Ne me découvrez pas, supplia-t-elle. Au nom de Dieu, respectez mon pauvre corps ! »

Le sentiment de la honte la reprenait, sa chasteté ne pouvant supporter sans révolte ces mains grossières qui palpaient sa poitrine haletante. Mais le nègre ne prêtait nulle attention à ses prières et il n’eut aucune peine à faire tomber la chemise, donnant la liberté à des globes dignes des plus purs modèles de la sculpture.

« Tout va bien, annonça-t-il, la jeune fille a des seins très suffisamment développés, il sera aisé d’y tracer deux chiffres sur chacun d’eux. »

Suzanne se rejetait en arrière contre le poteau, les yeux fermés, alternativement livide et cramoisie. Dans l'émoi pudique qui la faisait trembler d’angoisse, elle avait oublié l’approche de la souffrance physique. Le souvenir lui en revint soudain, lorsqu’elle entendit une des métisses déclarer avec calme que la tige métallique paraissait à point.

« Ne me brûlez pas, s’écria-t-elle. Oh ! ce fer est au rouge ! C’est trop, trop ! »

Pablo s’armait de l’instrument de supplice, dont l’éclat incandescent brillait malgré la lumière du jour. Il s’approcha de l’infortunée liée à sa merci.

« Au secours ! clama la victime. Au secours, défendez-moi ! »

Dans son épouvante, elle s’adressait à ses compagnes de pénitencier, sans s’apercevoir que celles-ci suivaient les apprêts du supplice avec un véritable intérêt. Ce n’était pas la première fois que la marque était infligée à des condamnées, mais jamais les femmes de couleur ne l’avaient vu subir par une fille blanche et cela leur paraissait presque une victoire de race.

Le surveillant tortionnaire partageait ce sentiment, car c’était avec un véritable rictus de cannibale qu’il empoignait à pleine main le sein droit de la jeune fille. Entre ses doigts épais et sombres, le globe d’ivoire, à peine taché de rose, paraissait encore plus précieux, encore plus délicat, encore plus charmant.

Mais le nègre ne pensait pas à en apprécier la beauté. Accentuant son rictus féroce, il apposa sans pitié le fer ardent sur l’épiderme sensible, traçant lentement le premier chiffre.



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